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Orange était la Mort - Commander le roman
Orange était la Mort (extrait) - Chapitre 2

 

2

 

Pérou, alentour de Yanque, vallée de la Colca.

Dimanche 5 octobre 2008, 7 h 30.

 

Le condor planait majestueusement au-dessus de la zone en effervescence sans y attacher la moindre importance. Cris, appels, recommandations, bruits de moteurs et coups de klaxon avaient remplacé le silence. Des gens, minuscules fourmis agitées, s’affairaient autour d’un hangar effondré, au toit soufflé comme un fétu de paille. La vallée de la Colca n’avait à l’évidence pas connu pareille orgie de gesticulations depuis des années. La dépendance d’une exploitation agricole – ou plutôt ce qu’il en restait – terminait de se consumer dans le petit matin levant. Le condor effectua un demi-cercle pour éviter le panache de fumée âcre et poursuivit son vol dans la clarté de l’aube.

« Quelqu’un pourrait me raconter ce qui s’est passé ici ? s’écria un gros personnage à chapeau de paille et chemise à carreaux.

— Il y a eu une explosion dans la ferme cette nuit ! La ferme d’Enrique Peyo. On ne comprend pas, il n’y avait pas de produits inflammables à l’intérieur, même pas l’électricité non plus. Une malédiction. Je vous dis qu’il s’agit d’une malédiction ! Madre de Dios !

Hombre ! Vous y croyez, vous, à ces histoires de malédiction ? Moi pas ! Encore et toujours les effets de cette maudite météorite de Chucuito[1] ! »

Et le gros homme tourna les talons.

Il se dirigea vers sa voiture, une vieille Plymouth bleue d’un ciel très délavé, qu’il conduisit dans un nuage de poussière jusqu’au local de police voisin. Le village de Chivay était enraciné à l’entrée du canyon de Colca, à environ vingt-cinq kilomètres de Yanque.

« Hola ! cria un policier en faction sans lever la tête, très occupé à lire une revue pornographique.

Hola, Manuel ! Qui est en charge de l’explosion de la ferme de Peyo ? interrogea l’homme à la chemise à carreaux.

— C’est Antonio. Il est allé constater les dégâts sur place. Le pauvre, il doit paniquer en l’absence du chef.

— À propos, où est-il, Moralès ? Pas rentré de son congrès ?

— Non, il n’est pas encore rentré de Lima. Il sera là à quatorze heures. On l’a prévenu par téléphone. Tout ce que je sais, c’est qu’on est tranquilles ici.

— Mouais, tranquilles, n’empêche qu’il faudra tout de même que vous enquêtiez sur l’explosion ! »

Le type bedonnant tournait en rond, l’attitude nerveuse. Le policier qui n’avait pas interrompu la lecture de son magazine rassura le vieux :

« Ne t’inquiète pas, Antonio s’en charge. Et puis d’ailleurs, en quoi cela te concerne-t-il ? À propos, que fabriques-tu là à cette heure matinale ?

— N’oublie pas que je vous aide de temps à autre, Manuel ! La vie du village et ses environs m’intéressent. Et mon expérience vous sert.

— O. K. José, O. K. ! Toujours la prudence, hein ? Tu t’imagines que ce qu’on raconte est vrai, que l’explosion n’est pas accidentelle ? Alors, tu as peur pour ta boîte de quoi ? Ah oui, de gardiennage. Et pour les gens que tu protèges ? Alors, tu flippes. Tu flippes, José ? La malédiction de la météorite ? Et si c’était une malédiction venue des entrailles de la Terre ? Tu as lu La Guerre des mondes ? »

Il partit dans un fou rire gras.

« Occupe-toi de tes affaires ! s’offusqua Alva, d’un ton mauvais. Tu diras à ton chef que je viendrai le voir dans l’après-midi. J’ai des choses à lui dire. »

Et le vieux sortit du poste de police en claquant la porte.



[1] En septembre 2007, une météorite creusa un immense cratère près de la frontière avec la Bolivie. Des croyances et des superstitions ont commencé à naître parmi la population.



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