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Orange était la Mort - Commander le roman
Orange était la Mort (extrait) - Chapitre 3

 

 

 

3

 

Guatemala, côte des Caraïbes, Puerto Barrios.

Dimanche 5 octobre 2008, 10 h 30.

 

La saison des pluies déclinait au Guatemala, mais la météo ne se voulait pas très optimiste. Pourtant, Puerto Barrios expurgeait son lot quotidien de bananiers. Des bateaux quittaient les embarcadères gavés de fruits, d’autres arrivaient et avalaient les conteneurs. Un lent ballet rythmé par les bruits des ponts roulants, des grues et des travailleurs.

Le port de commerce était enclavé dans une anse profonde à l’abri des courants marins et du vent. L’agglomération s’accrochait à cette baie et son aéroport pointait fièrement sa piste principale vers les pays lointains. Puerto Barrios était tourné vers l’étranger.

 

Le gigantesque Hipocampo avait accosté à l’abri d’un quai reculé.  Sur la passerelle rendue glissante par la pluie, le capitaine Tinto, petit homme râblé et agité, n’arrêtait pas de consulter sa montre. L’un des ponts roulants grinçait en remontant de la cale des palettes de fûts qu’il déposait sur les plateformes de deux énormes camions alignés côte à côte.

« Madre de Dios ! hurla-t-il au porte-voix. Dépêchez-vous !

Cette cargaison de merde va nous causer un maximum d’ennuis », murmura-t-il.

On lui avait demandé de réaliser un extra et d’emporter illégalement, en plus de sa cargaison, des barils d’engrais chimique. Un type au tatouage étrange lui avait donné dix mille dollars US pour ce service. Il avait accepté, même si l’explication paraissait abracadabrante.

Il avait appris à canaliser sa curiosité, surtout si cela lui permettait d’engranger quelques dessous de table. Il avait été contacté à Hanoï au Viêt Nam, alors qu’il chargeait du minerai de fer. Négocier avec l’Alliance Hadès ne l’effrayait pas, car ils avaient l’air tout à fait réglo. Cependant, il fallait voir comment ils avaient éliminé le marin qui avait tenté de détourner du matériel électronique leur appartenant. Ils avaient jeté le pauvre bougre à l’eau depuis le bateau. Pas de sang, pas de trace, ces gens fonctionnaient au pragmatisme cynique.

Le temps humide n’arrangeait en rien la situation. Le capitaine Tinto redoutait à chaque instant l’accident de pont roulant, un câble qui glisse, un fût qui tombe, un matelot qui exécute une fausse manœuvre. Lorsque tout le chargement fut déposé sur les camions, il respira un bon coup et descendit à quai en sifflotant pour signer les papiers administratifs concernant la cargaison, officielle celle-là, qu’il venait de débarquer.

Les lourds GMC démarrèrent et prirent sans hésitation la route qui traverse la ville en direction du lac Izabal, leurs imposantes charges masquées sous d’épaisses bâches. Il y avait une cinquantaine de fûts dont personne ne devait soupçonner l’existence. De jeunes recrues de l’Alliance Hadès conduisaient les engins. Ils étaient vêtus de tenues de combat de l’armée américaine et sous leurs casquettes délavées, ils arboraient des visages de latinos plus vrais que nature. Le cortège quitta le port dans un nuage de fumée, suscitant la curiosité des passants.

Deux heures et demie plus tard, ils arrivèrent à l’entrée d’une ancienne hacienda, au nord du lac Izabal. Une sentinelle montait la garde derrière un portail de bois surmonté d’une arcade, elle-même socle d’une croix chrétienne.

La ferme avala le convoi.

 

L’hacienda avait depuis longtemps cessé toute activité agricole. Plus de machineries, plus d’écuries, plus de chevaux. Disparus, les silos à grain. Il s’agissait maintenant de l’antre de Valdès. Ce dernier avait installé son QG dans un bâtiment beige au fronton coiffé d’une cloche et ceint d’une coursive de bois.

L’un des accompagnateurs, descendu de son camion, alluma une cigarette sous le regard désapprobateur des trois autres. Il y avait là des réserves de gasoil, de kérosène et d’essence. Le groupe entra dans la bâtisse et tous se mirent au garde-à-vous devant un grand gaillard en tenue camouflée et au béret provocateur ; celui-là même qui avait rossé Nick. Il s’agissait bien du même Valdès, le manitou de l’Alliance Hadès pour l’Amérique latine.

« Mission accomplie, chef. Les fûts sont là, annonça l’un d’entre eux.

— Bravo, les gars ! Combien ?

— Cinquante, chef ! ajouta le même individu.

— Bien ! Le compte y est.

— Qu’y a-t-il dans les barils, chef ?

— Vous le saurez plus tard. Mais ce n’est pas de l’engrais, comme cet idiot de capitaine Tinto le pense. Vous le saurez à temps, les gars et vous verrez, on parlera de nous… »

 



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