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Orange était la Mort - Commander le roman
Orange était la Mort (extrait) - Chapitre 4

 

4

 

Mexique, hôtel Best Western Real de Puebla.

Dimanche 5 octobre 2008, 11 heures.

 

Nick se réveilla en sursaut. Il se demanda où il se trouvait.

« L’hôtel… »

La journée était largement entamée et la lumière pointait entre les lourdes tentures mal jointes. Nick pouvait voir les gros cumulus blancs courir à toute vitesse dans le ciel bleu. Un autre jour, il aurait été amusé par le spectacle, mais aujourd’hui sa situation le préoccupait. Le moment était venu de combattre, il en était persuadé ; un combat inégal. Lui, simple mortel de quarante-deux ans, pas très solide physiquement, face à un groupe de durs prêts à en découdre… Il se rappela les frappes vicieuses de Valdès contre son estomac, lors de son « examen d’embauche ». Il n’était pas de taille à lutter contre des hommes de main entraînés. Malgré cela, il décida qu’il mènerait sa recherche à son terme. Il voulait retrouver son demi-frère et exigeait de connaître les raisons de ce piège qu’on lui avait tendu. Manipulation volontaire ou erreur humaine dans la préparation des explosifs ? Cela lui travaillait l’esprit.

Il pensa à l’individu au dehors qui l’attendait pour reprendre sa filature. Nick se sentit dans la peau d’un gibier que l’on épie pour l’abattre. Il lui vint une idée…

Il se faufila sous le lit, débrancha la lampe qui lui servait de chevet et, à l’aide de son couteau, y préleva un morceau de fils électriques doubles. Il dénuda l’une des deux terminaisons de chaque câble, puis répéta son geste pour les deux autres qu’il enroula autour d’un fragment de papier toilette pour les isoler. Il fixa les deux extrémités non protégées aux cosses de laiton du dispositif de mise à feu contenu dans son sac à dos. Satisfait de son travail, il considéra qu’un petit test ne s’avérerait pas inutile. Il respira un grand coup et joignit les deux fils dont il avait ôté la protection isolante. Eh oui, ça collait : le compte à rebours reprit sur l’afficheur lumineux : 20… 19… 18… 17… 16. Il sépara les câbles. Les diodes luminescentes s’éteignirent. Il s’épongea le front et se traita d’idiot. Cela aurait pu ne pas marcher ! Ou très bien fonctionner, en explosant ! Il ricana puis se rassura en évoquant la logique du mouvement électronique. Il sourit de satisfaction en rangeant les ustensiles qu’il avait extraits de ses poches et voulut déjeuner. Il sortit de sa chambre et se dirigea vers la salle à manger de l’hôtel. On approchait de midi et le personnel commençait à s’agiter dans les cuisines.

Nick s’assit à une table. Il était seul dans le restaurant. Il commanda un Pollo con Mole Poblano[1] arrosé d’une bière. Il acheva son repas par un verre de mezcal, spécialité de la région d’Oaxaca. Il se sentit revigoré et requinqué par l’alcool qu’il avait consommé. Il se trouvait prêt à anéantir tous ses ennemis ! Plus rien ne l’effrayait.

Il régla l’addition et sortit. Un coup de feu claqua. Il mit quelques dixièmes de secondes pour comprendre qu’il était visé. Bizarrement, on l’avait raté. Il courut en zigzaguant sur la route. Ce faisant, il ouvrit le sac qu’il tenait entre ses bras. Il allait peut-être devoir appliquer le plan de défense mis au point dans sa chambre. Pas moyen d’échapper à la riposte, le 4x4 rouge le rattrapa. C’était bien lui… le même véhicule. Nick se retrouva coincé entre un haut mur en crépi blanc et l’auto aux vitres baissées. Deux types le menaçaient avec de vieux colts 45.

« Lève les mains très haut ! s’écria le passager, le tenant en joue.

— Et fais le tour sans toucher à tes poches ! s’écria l’autre. »

Nick commença à s’exécuter en étant persuadé que dès qu’il se trouverait de face, le chauffeur le tirerait comme un lapin.

« Auparavant, pose ton sac à terre ! ordonna le chauffeur qui paraissait être le chef. Doucement ! »

Nick obéit une seconde fois. En posant le sac ouvert, il y glissa sa main, tira sur l’isolant des fils et, avec le pouce et l’index, enroula grossièrement ceux-ci entre eux, à tâtons. Personne n’avait rien vu, son geste était masqué par le bas de caisse de la voiture. Mentalement, il mima le décompte :

« 14… 13… 12… »

L’adrénaline monta en lui.

« Mets-toi devant moi, côté conducteur et pas d’embrouille ! », reprit le chauffeur.

Nick fit mine de passer devant l’automobile pour se présenter de l’autre côté, ainsi que le conducteur le lui avait ordonné. Dans sa tête, il continua de compter à rebours :

« 8…7…6… »

Soudain, il entama un sprint. Le passager s’extirpa du véhicule pour le stopper. La charge contenue dans le sac posé le long du 4x4 explosa dans un bruit terrible. Le véhicule se souleva de terre sous l’effet du souffle et une boule de feu remplit la voiture. Pourtant déjà à bonne distance, Nick fut soufflé et reçut comme une gigantesque barre de fer dans les reins. Il tomba à terre. Sans regarder derrière lui, il se releva et se remit à courir parmi les débris fumants épars et les lambeaux de chairs calcinées.

C’était immanquable : ce double meurtre pénétra la conscience de Nick. L’analyse subliminale pourtant non désirée pouvait commencer. L’homme avait tué à nouveau, mais dans le cas présent par nécessité absolue. Nick n’en ressentit ni joie, ni peine, ni remord. Rien, sauf l’euphorie d’être en vie et d’avoir surmonté cette épreuve. Cette fois, la plaie de son âme se referma.

 Nick agrandit ses foulées, car pour le coup il lui fallait échapper aux policiers qui n’allaient pas manquer de rappliquer. Il boucla le tour du pâté de maisons au pas de course et monta dans sa voiture, restée devant l’hôtel. Des grappes de badauds s’étaient formées. Il enclencha la marche arrière et démarra à la façon d’un simple client quittant la pension. Personne ne fit attention à lui, les curieux étaient trop occupés à commenter l’événement en désignant le nuage noir qui flottait au-dessus du quartier.

Nick fonçait déjà vers l’ouest lorsque les premières sirènes se firent entendre.

 



[1] Plat mexicain à base de poulet et de sauce piquante au chocolat.



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